Sur le travail d’Aldo Biascamano, peintre sétois

Ecrit et dirigé Karin Elmore
avec Aldo Biascamano, Edith Béranger et Karin Elmore
DJ Paul Brisco
vidéo Roger Atasi

« Quand le Quartier Haut était habité par des lapins » est la première d’une série de pièces en collaboration avec des personnages de la vie et du paysage sétois. Pour commencer j’ai choisi le peintre Aldo Biascamano et son univers unique, sa mythologie sur le passé et le futur de Sète. Ce travail, réalisé en étroite collaboration avec l’artiste vidéo péruvien Roger Atasi et le DJ sétois Paul Brisco, parle de la mémoire, du besoin de chacun de recréer un univers, de retrouver une identité, dans ce monde d’immigrations et de globalisation. Dans « Quand le Quartier Haut était habité par des lapins », nous traçons des chemins parallèles, qui se croisent à travers des souvenirs d’enfance : l’histoire d’Aldo, très singulière et très attachée à Sète, et l’histoire d’une péruvienne, la mienne, descendante d’anglais, allemands et péruviens, avec une histoire d’immigration et une constante recherche d’identité.

Le spectacle dure 60 minutes et peut-être présenté pour un public d’adultes ainsi que pour les collèges et lycées, car il est assez drôle et accessible dans le concept et dans sa forme. Nous pourrions représenter « Quand le Quartier haut était habité par des lapins » jusqu’à 2 fois par jour, une fois pour les écoles et le soir pour le public en générale.

Extraits du spectacle

Un plateau carré avec un écran au milieu, la projection se fait en rétroprojection, le DJ est devant sur le coté jardin.
Edith annonces les scènes avec des panneaux comme dans un ring de box, habillé avec une combinaison en paillètes bleu claires, comme une siréne.

I . Genese

ALDO
Je suis née le 27 février de 1962, à Sète, c'est le même jour que le grand Carusso et Elizabeth Taylor. De petit, je mangé tout et n’ importe quoi, un jour j'ai mangé un suppositoire et la patte d'une tortue vivante.

KARIN
Je suis née à Lima Pérou, le 27 mai 1962, le même jour que Dolores del Río et Carmen Miranda, il paraît qu'on m'a tirait avec des forceps et que les premier mois, j’avais la tête déformée comme un martien. (Ma tante Vilma m’avait fait un bonnet aux crochets pour redonner la forme à ma tête).

ENSEMBLE
En fait, nous avons décidés de travailler ensemble puisque tous les deux nous sommes nées un 27 en 1962.

II .Exode (Edith passe avec une bouée en marche arrière)

ALDO
Ma famille habite à Sète depuis 1879. Mon arrière grand-père arriva de Calabre à l’âge de 14 ans avec son frère et sa mère. Au départ, ils s’appelaient Biancamano On aurait du nous appeler Blanchemain, car si on croit à la légende, la mère de mon arrière grand-père serait tombée amoureuse du compte Biancamano, qui lui aurait fait deux fils. Mais les français se sont trompés et ont écrit Biascamano, qui ne veut rien dire. Depuis, et par vengeance, je fais des fautes d’orthographe en français. Je ne sais pas pour quelle raison elle est partie en France…
(Il montre le blason qu’il a en photocopie couleur dans la poche de sa veste)
Regardez, voici le blason de ma famille qui a à l’intérieur plein de petits blasons…

KARIN
Ma famille est divisée en quatre : mon grand-père anglais, ma grand- mère allemande, ma grand-mère de Ancash et mon grand-père de Huacho. Le premier Elmore arriva aux côtes du Pérou avec Lord Cochrane, le capitaine d'un des navires anglais qui allaient libérer les colonies espagnoles en 1820. Après avoir traversé les Andes, il est resté à Lima. Tout ce que j’ai de ma famille anglaise c’est ça : (Elle montre une petite brosse pour nettoyer les ongles).

III . L’Enfance

ALDO
Mon arrière grand-père était devenu à Sète patron de traine, il campait six mois de l’année avec toute sa famille à la plage, mon père campait trois mois. Un jour, j’ai trouvé sur le sable une poupée démembrée, blonde comme toi, j’l’ai scalpé avec un couteau et laissé dépasser sa chevelure blonde de mon maillot, pour paraître plus vieux que je ne l’étais.

KARIN
Quand j’étais petite, je voulais être un garçon. Malgré les efforts de mes parents, surtout ma mère, pour m'habiller comme une sage fille, car ma grand-mère l’habillait petite comme Shirley Temple. Mais moi, j'aimais monter à cheval et je rêvais d'être ouvrier de construction.

IV . Mon quartier

« Quand le Quartier Haut était habité par des lapins »
ALDO
Le Quartier Haut était le premier quartier de la ville, certaines maisons étaient construites sur le flanc de la colline. C’est un quartier calabrais. Mes grands parents y ont habité, mon grand père peignait, ses modèles était des bateaux, des fleurs pour ma grand mère et deux ou trois portraits de Brassens.

KARIN
Mon grand père pegnait aussi dans sa maison style Tudor, mais ses modèles étaient des danseuses de ballet qui défilaient par la maison avec leur toutous roses ; il pegnait le lac des cignes, ça c’était sa specialité.

Video

ALDO
Je voulais vivre comme mes ancêtres, mais les Affaires Maritimes me l’ont interdit, alors j’organise des grillades interdites à la plage. J’aime retrouver cette sensation d’avant et surtout j’aime servir comme des princesses certaines femmes qui ont eu des enfants. Quand je demande à ses enfants s’ils feront des grillades interdites eux aussi ils me répondent OUI. Alors je suis très content car dans un futur proche un des convives des grillades interdites va trouver l’idée pour que la France accepte l’Independence du Quartier Haut, sans que le sang coule.

V. L’Amour
(Edith dessine un cœur par terre au centre du plateau avec des pétales de fleurs, quand Aldo mentionne Lassie, elle rentre un chien taille naturelle en papier maché sur un petit tapis rouge en peluche) .

« LA DEESSE JEANNETTE »
La première fois que j’ai rencontré Jeannette c’était au catéchisme, j’avais neuf ans. Elle était venu demander un renseignement au curée, elle ressemblé à Elizabeth Taylor dans Lassie, film que j’avait vu la veille.
Par timidité j’ai mis quinze ans à lui parler et à faire des choses que nous n’avions pas faites étant petits.
Un soir d’été brumeux à la plage, nous devions faire frère et sœur de sang avec un couteau dont j’avais peint le manche et aiguisé la lame toute l’après midi.
Mais impossible de se tailler. (...)

Video

VI . Le Travail
Edith déroule un tapis rouge en peluche devant les pieds de Aldo, qui monte dessus jusqu’au bout)
« Quand j’essayait de dépasser la vitesse de l’âme »

Depuis 1983 j’ai crée la mythologie de Sète dans le passé, le présent et le futur.
L’Ille de Sète était peuplé d’oursins à pattes, au large il y avait des bateaux noir pointu et à lord bord naissaient des fridents multicolores.

A l’âge adulte ils décollaient et finissait pour dépasser la vitesse de l’âme ; moi aussi en 1984 je voulais la dépasser, mais je ne suis pas arrivé.
J’avais construit avec mon frère un frident à roulettes sans freines, et je m’étais lancé d’une petite pente du Mont Saint Clair, heureusement que mon père avait installé un filet de pêche pour me arrêter.
Dans le passé donc il y a eu un cataclysme, l’Ille de Séte pivota sur elle-même, les oursins à pattes partirent dans les profondeurs pour ne pas avoir la tête en bas.
Les bateaux avec les jeunes fridents à leur bord coulèrent et on n’entendit jamais plus parler d’eux. Jusqu’à dans le futur ou les indépendantistes du Quartier Haut à cause de la chaleur pour sauver les palourdes de l’Etang de Thau, ils vont creuser un canal dans leur grande rue et construire une palourde géante à roulettes.
Ils puiseront l’eau de l’Etang, le sable et les palourdes et déverseront le tout dans leur canal pour qu’elles vivent à l’ombre des maisons.

Mais il n’y avait pas que des palourdes, il y avait aussi des têtes de fridents, des plongeurs s’en coifferont et s’apercevront qu’ils vont pouvoir respirer sous l’eau grâce à leur nouvelles têtes, ce qui va leur servir car il va faire de plus en plus chaud, les glaciers vont fondre et bientôt la terre entière ne sera qu’un immense océan. Eux subsisteront sous l’eau en attendant la déesse Jeannette qui déversera une montagne d’or, ou les êtres à tête de frident passeront leur éternité.

(continue...)